Ignorant toute notion d'intellectualité, ils ne sont préoccupés ni par les problèmes de la lumière, ni par l'étude des volumes, ni par aucun procédé. La souveraine bonne conscience de la peinture naïve la rend étrangère à tous les cataclysmes artistiques, sociaux, spirituels déchaînés ces dernières années.

Les peintres naïfs peuvent être regroupés en deux tendances bien spécifiques: les super-réalistes, qui possèdent une technique similaire à celle des hyper-réalistes - c'est à dire qu'ils copient farouchement la réalité - et les Visionnaires, plus proches des surréalistes - c'est à dire qu'ils créent un dessin relevant du surnaturel et du fantastique. L'inspiration des peintres naïfs est souvent inattendue, passant de sujets totalement anecdotiques à des scènes bibliques, historiques, comme mûs par un impérieux besoin de donner des assises, des racines à leur existence. Ils ont le goût des légendes, des jungles, des fauves et trouvent en eux, dans un voyage immobile, cette notion de liberté vitale aujourd'hui.

Il existe dans la peinture naïve des similitudes avec les dessins que peuvent réaliser quotidiennement certaines personnes. Ainsi, comparer les oeuvres d'enfants et d'artistes naïfs laissent souvent entrevoir des affinités profondes. Toutefois, dans l'évolution s'amorce une divergence croissante qui aboutit finalement à une rupture totale. Les dessins et les peintures d'enfants sont les produits d'une phase transitoire; les impulsions diminuent avec le développement de l'enfant et l'acte de création cède généralement la place à une conception rationnelle délibérée. L'oeuvre de l'artiste à, quant à elle, le pouvoir de survivre. On a aussi rapproché les oeuvres des peintres naïfs et celles des fous. On a mélangé allègrement écritures et styles, même si elles ont en commun symbolisme et magie. En fait, de nombreux artistes naïfs de premier plan flottent dans les limbes, entre illusion et réalité. Ils comptent au nombre des derniers individus qui possèdent encore la liberté de s'émerveiller et de donner forme à cet émerveillement.

En définitive, chaque jour qui passe, l'art naïf acquiert une vitalité nouvelle, dûe à sa variété autant qu'à sa richesse. Cette peinture, toute de spontanéité, nous fait ressentir une émotion, une chaleur qui nous permet de rêver à un monde meilleur. Elle ne cesse de nous apporter, dans un univers perturbé, tout à la fois fraîcheur, bien-être et air de fête.
(David Naze is the son of the famous French naif painter Michel Naze)

L'art naïf ( David Naze )

existe depuis toujours. Mais avant l'apparition de Henri Rousseau, dit le Douanier, à la fin du XIXème siècle, cet art n'avait pas de nom et était ignoré. Depuis, les historiens d'art y ont accordé une attention grandissante. Le fait que cet art réponde à un besoin de l'être contemporain, quel qu'il soit, homme ou femme, paysan, artisan ou bourgeois, en résumant les valeurs qu'il a déjà oubliées ou qu'il est en train d'oublier, présente en effet un grand intérêt.

Mais comment distinguer l'art naïf de l'art officiellement admis, de l'art accadémique ? Alors que les peintres accadémiques adoptent l'une ou plusieurs des formes et des techniques existantes que d'autres ont imposées, seuls les peintres naïfs partent tous d'une même base: une expérience instinctive, franche et spontanée du monde qui les entoure. S'ils s'écartent de cela et qu'ils adoptent des formes et le langage accadémiques, les peintres naïfs cessent d'être naïfs. L'ignorance ou la négation des règles de la logique et de l'art accadémique, la liberté, la spontanéité et l'humanisme sont les qualités essentielles des naïfs.
Michel Naze